L’ album INFLAMMATUS enregistré dans le studio de Stéphane Massé à Briançon dans les Hautes Alpes avec Alex de Valera au Luth et Jérôme Chaboseau à la Viole de Gambe et Eugénie Zebrowska Selin au chant

« Odi Euterpe » Giulio Caccini
1551-1618
Ottavio Rinunuccini
1552-1621
Odi Euterpe il dolce canto
Ch’a lo stil Amor m’impetra
Et accorda al dolce canto
L’aureo suon della mia cetra
Ch’a dire quel ch’ei mi raggiona
Troppo dolce amor mi sprona.
Di notturno, e casto velo
La mia Lidia il sen corpia
Ma la luna in mezzo il cielo
Dolcemente il sen m’apria:
Ch’a mirar si bel tesoro
Lampeggio di fiamme d’oro.
E vedea soave, e pura
La sua neve il petto aprire
E sentia di dolce cura
Nel mio petto il cor languire
E salire veloce e leve
Il mio cor tra neve, e neve
« Écoute, Euterpe,le doux chant
Qu’Amour impose à ma plume
Et accorde à ce doux chant
Le son d’or de ma cithare.
A dire ce qu’il me suggère
Le trop doux amour m’aiguillonne.
D’un nocturne et chaste voile
Ma lyre couvrait son sein.
Mais la lune en plein ciel
Doucement me le découvrit,
Qui, pour voir si beau
L’éclaira de flammes d’or.
Et je voyais suave et pure,
Sa neige découvrir sa poitrine
Et je sentais d’un doux désir
Mon cœur languir dans la poitrine,
Et monter rapide et léger,
Mon cœur entre neige et neige. »

« Svogava con le stelle » Giulio Caccini
1551-1618
Ottavio Rinuccini
1562-1621
Svogava con le stelle
Un infermo d’amor
Sotto notturno ciel
Il suo dolore.
E dicea fisso in loro
O immagini belle dell’idol mio ch’adoro
Si come a me mostrate
Mentre cosi splendete
La sua rara beltate
Cosi mostraste a lei
Mentre cotando ardete
I vivi ardori miei
la fareste col vostro aureo sembiante
Pietosa, si come
Me fate amante.
« Il confiait aux étoiles,
Le malade d’amour,
Sous le ciel nocturne,
Sa douleur.
Et il disait, fixé sur elles:
Ô belles images de celles que j’adore,
De même que vous me montrez
Puisque vous resplendissez ainsi,
Sa rare beauté,
De même montrez -lui aussi,
Puisque vous brûlez de la sorte,
Mes vives ardeurs.
Vous la rendrez par votre visage d’or,
Compatissante, comme vous m’avez
Rendu amant »

« Torna deh torna » Giulio Caccini
1551-1618
Ottavio Rinuccini
1562-1621
Torna, deh, torna pargoletto mio
Torna che senza te son senz core
Dove t’ascondi ohime, che t’ho fatt’io
Ch’io no ti veggio e non ti e non ti senti
Amore
Corrim’in braccio omai spargi d’oblio
Questo ch’el cor mi strugg’aspro dolore.
Senti della mia voce il flebil suono,
Tra pianti e tra sospir
Chieder perdono
« Reviens, reviens, mon enfant,
Reviens car sans toi je suis sans cœur.
Où te caches- tu, que t’ai- je fait
Pour que je ne te voie et ne t’entende plus,
Amour?
Cours maintenant dans mes bras et oublie,
Car cette âpre douleur me serre le cœur.
Écoute de ma voix le son plaintif qui,
Parmi les larmes et les soupirs,
Demande pardon. »

« Dalla porta d’oriente » Giulio Caccini
1551-1618
Maria Menadori fin XVI eme siècle
Dalla porta d’oriente
Lampeggiando in ciel, usciva
E le nubi coloriva
L’alba candida e lucente
E per l’aure rugiadose
Apria gigli e sparea rose
Ch’a sgombrar l’oscuro velo
Più soave e vezzosetta
Una vaga giovinetta
Accendea le rose in cielo:
E di fiamme porporine
Feria l’aure matutine.
Era il crine a l’aria sparso
Onde l’oro apria suo riso
E la neve del bel viso
Dolce porpora avea sparso
E su’l collo alabastrino
Biancheggiava il gelsomino.
Da le labra innamorate
Muov’Amor con novi stralli
E di perle orientali
Se ne gian l’alme fregiate.
Et ardeva i cor meschini
Dolce foco di rubini.
Dov’ il pie con vago giro,
Dove l’occhio amor partia
Ogni passo un fior apria
Ogni sguardo un bel zaffiro.
E s’udia più dolce e lento
Mormorare con l’acqua il vento.
L’alba in ciel s’adira e vede,
Che gli toglie il suo splendore
Questa nova alba d’Amor
E gia volge in dietro il piede;
E stillar d’amaro pianto
Gia comincia il roseo manto.
« De la porte d’orient
Brillant dans le ciel, candide et luisante
L’aube sortait
Et colorait les nuées,
Et par la brise humide rosée,
Ouvrait les lys, et découvrait les roses.
Car à chasser l’obscure voile,
Plus suave et mignonne
Une jolie jeune fille
Enflammait les roses dans le ciel,
Et de flammes purpurines
Blessait l’aube matinale.
La chevelure flottait à l’air,
L’or ouvrait son sourire,
Et la neige du beau visage
Se teintait d’un doux pourpre.
Et sur le cou d’albâtre
Le jasmin blanchissait.
De sa lèvre amoureuse
Amour jetait de nouveaux traits
Et de perles orientales
S’entourait le doux ornement
Et le pauvre cœur brûlait
D’un doux feu de rubis.
D’un beau tour de pied,
De l’œil, Amour s’échappait;
chaque pas ouvrait une fleur,
Chaque regard découvrait un beau saphir.
Et on entendait plus doux et plus lent
Murmurer le vent avec l’eau.
L’aube dans le ciel fut courroucée et vit
Que cette nouvelle aube d’amour
lui dérobait sa splendeur.
Et déjà son pied revenait en arrière,
Et le manteau de rosée commençait
A verser d’amères larmes. »

« Mater Anna » Barbara Strozzi
1619-1677
Mater Ana quisque personat
Promissionis foetum peperit.
Dulcis Anna quae piissima tantum
Vobis fructum
Edidit ex quo dulcis Jesus prodiit.
Mater Anna, dulcis Anna, quam beata
Domus
David ex quam prodiisti venter in
quo Deus
Sanctificationis Aram fabricavit.
Audite gentes inopinatum miracumum,
Audite, congaudete mecum, quia
per divinum
Germen in sterili ventre peperi.
Matrem Annam quisque personat
Promissionis foetum peperit.
Audite gentes miracumum, audite
Filium Mariae,
Congaute mecum quia pratum Divino
Opificium formatum supra naturam
Edidi.
Mater Anna, dulcis Anna, tu benedictionis Fructum
Uberibus tuis nutristi
Eius partum
Jesum precatis cruci Configimus.
Tu dulcis Anna, tu miserere, tu salva nos
Adiuva nos.
Mère Anne a porté l’enfant de la
Promesse, tous le proclament,
Douce Anne, qui, la plus pieuse, pour
Vous a produit un fruit si grand
D’où est venu le doux Jésus.
Mère Anne, douce Anne, comme est belle la demeure
De David d’où tu es venue et ton ventre
dans lequel Dieu
A élevé l’autel de la sanctification.
Écoutez tous le miracle inattendu.
Écoutez Anne: »Réjouissez-vous avec
Moi, car d’une semence divine
Mon ventre stérile a enfanté. »
Mère Anne a porté l’enfant de la
Promesse,tous le proclament,
Écoutez tous, le miracle, écoutez le fils de Marie.
« Réjouissez-vous avec moi, car j’ai
Porté un enfant formé par l’artisanat divin au-delà de la nature. »
Mère Anna, douce Anna tu as nourris
le fruit de la bénédiction
Son enfant Jésus, par nos prières nous ne le clouons pas sur la croix.
Toi douce Anna, aie pitié, sauve nous
Aide-nous.

Canzonetta spirituale sopra alla ninanna » Tarquino Merula
1595-1665
Hor che tempo di dormire
Dormi figlio e non vagire
Perché tempo ancor verrà
Che vagir bisognerà
R.Deh ben mio, deh cor mio
Fa, fa la ninna na
Chiudi quei lumi divini
Come fan gl’altri bambini
Perché tosto oscuro velo
Priverà di lume il cielo.
Over prendi questo latte
Dalle mie mammelle intate
Perchè, perché ministro crudele
Ti prepara aceto e fiele
Amor mio sia petto
Hor per te morbido letto
Pria che rendi ad alta voce
l’alma al padre su la croce
Posa or questa membra belle
Vezzosette e tenerelle
Perché poi ferrie catene
Gli daran acerbe pene.
Questi mani e questi piedi
Ch’or con gusto e gaudio vedi
Ahimé com’in varie modi
Passeran acuti chiodi
Questa facia gratiosa
Rubiconda hor più che rosa
Sputi e schiaffi sporcheranno
Con tormento e grand affanno.
Ah con quanto tuo dolore
Sola speme del mio core
Questo capo e questi crini
Passeran acuti spini
Ah ch’in questo divin petto
Amor mio dolce dilleto
Vi fara piaga mortale
Empia lancia disleale.
Dormi dunque figliol mio
Dormi pur redentor mio
Perché poi con lieto viso,
Ci vedrem al paradiso
Hor che dorme la mia vita
Del mio cor gioia compita
Tacci ognun con puro zelo
Tacci al fin la terra e ‘l cielo
E fra tanto io che faro
Il mio ben contemplero
Ne staro col capo chino
Sin che dorme il mio bambino.
C’est l’heure de dormir
Dors mon fils et ne pleure pas
Car le temps viendra
Où les larmes devront couler
R.Dors mon amour, mon coeur
Fais dodo,fait dodo
Ferme ces yeux divins,
Ainsi que le font tous les bambins,
Car bientôt un voile obscure
Privera de lumière le ciel.
Nourris-toi encore de ce lait
Que t’offrent mes mamelles intactes
Car, Hélas! un ministre cruel
Te prépare du vinaigre et du fiel.
Mon amour, que ce sein
Soit pour toi, à présent,
Un lit douillet.Avant que
Tu ne rendes l’âme au Père sur la croix.
Laisse maintenant reposer ces membres
Gracieux et tendres.
Car demain, des chaines de fer
Te meurtriront atrocement.
Ces mains, ces pieds,
Que j’admire avec joie et tendresse
Seront, hélas! transpercés
Par des clous à la pointe acérée.
Ce visage rempli de charme
De couleur vermeille, plus que rose
Sera giflé et souillé de crachats
Avec grande peine et tourment.
Espoir unique de mon cœur
Oh! combien de douleur t’infligeront
Ces longues épines qui transperceront
Ta tête et souilleront tes cheveux!
O mon amour tendre et doux
C’est sur cette poitrine céleste
Que dans sa lâcheté le dard impie
infligera la plaie mortelle.
Dors donc, mon petit garçon
Dors, dors mon Rédempteur,
Puisque, bientôt, c’est le visage radieux
Que nous nous reverrons au paradis!
A présent que dors celui qui est ma vie
Et que ma joie est à son comble
Taisez-vous tous! avec un pur zèle
Taisez -vous, enfin la terre et le ciel
Et pendant ce temps, moi, que ferais-je?
Mon unique bien je contemplerai
Je resterai la tête penchée
Jusqu’à ce que dorme mon petit enfant.

« Il pianto della Madonna » Giovanni Felice Sances
1600-1679
Jacopone da Todi
236-1306
Stabat Mater dolorosa
Iuxta crucem lacrimosa
Dum pendebat Filius.
Cujus animan gementem
Contristatam et dolentem
Pertransivit gladius.
O quam tristis et afflicta
Fuit illa benedicta
Mater unigenti.
Quae merebat et dolebat
Et tremebat dum videbat
Nati poenas incliti.
Quis est homo qui non fleret,
Christi Matrem si vederet
In tanto supplicio?
Quis non posset contristari
Piam Matrem contemplari
Dolentem cum filio
Pro peccatis suae gentis
Vidit Jesum in tormentis
Et flagellis subditum.
Vidit suum dulcem natum
Morientem desolatum,
Dum emisit spiritum.
Eja mater, fons amoris
Me sentire vim doloris
Fac ut ardeat cor meum
In amando Christum Deum
Ut sibi complaceam.
Sancta mater, istud agas
Crucifixi fige plagas
Cordi meo valide
Tui nati vulnerati,
Tam dignati pro me pati,
Poenas mecum divide.
Fac me vere tecum flere,
Crucifixo condolere
Donec ego vixero.
Juxta crucem tecum stare
E me tibi sociare
In Planctu desidero.
Virgo, virginum praeclara,
Mihi jam non sis amara:
Fac me tecum plangere.
Fac ut portem Christi mortem,
Passionis fac consortem
Et plagas recolere.
Fac me plagis vulnerari,
Cruce hac inebriari
Ob amorem Filii
Inflammatus et accensus,
Per te virgo, sin defensus
In die judici
Fac me cruce custodiri
Morte Christi premuniri
Confoveri gratia.
Quando corpus morietur
Fac ut anime donetur
Paradiso gloria.
Amen
Debout la Mère des douleurs
Se tenait en larme, près de la croix
Où son fils était pendi.
Alors, son âme gémissante,
Toute triste et dolente,
Un glaive transperça.
Oh, qu’elle était triste et affligée,
La femme bénie entre toutes,
La mère du fils unique.
Elle s’attristait et se lamentait
Et tremblait en voyant
Les souffrances de son illustre fils.
Qui pourrait sans pleurer
Voir la mère du Christ
Endurer un si grand supplice?
Qui pourrait sans s’attrister
Contempler cette mère aimante
souffrir avec son fils?